Mercredi 08 février 2023
L’ENCYCLOPEDIE PRATIQUE DE LA FRANCHISE
foule de franchisés


 > Actualités

La reprise d’entreprise (3/4) : Les mécanismes financiers de la transmission d’entreprise


Dans son montage financier, le repreneur devra se ménager de la souplesse, et notamment se prémunir contre les aléas

LBO : levier financier et protection patrimoniale

Dans le cas d’une reprise d’entreprise, le mécanisme Leverage Buy Out (LBO) est très fréquemment employé.

« Le LBO consiste à faire racheter de l’entreprise-cible par une société-mère créée par ailleurs. Cette holding souscrit l’emprunt pour le financement de la reprise et rachète tous les titres de l’entreprise-cible pour permettre l’intégration fiscale de sa filiale. L’entreprise-cible verse des dividendes à la holding, qui peut ainsi rembourser sa dette, majorée des intérêts, à sa banque. Ses résultats nets remboursent en quelque sorte le prêt bancaire. De plus, cette opération joue un effet de levier financier auprès de la banque : quand le repreneur apporte 1 euro, le banquier lui prête 4 à 5 euros, et plutôt 3 euros en temps de crise. Elle apporte une protection patrimoniale au repreneur, qui ne supporte pas l’emprunt en tant que personne physique », indique Maxime Amieux, chef de produit et développement réseau.

« Le repreneur devra, sauf exception, faire des sacrifices sur son salaire et veiller en même temps à rembourser ses prêts en 7 ans. La valorisation d’une entreprise reprise est un multiple de la capacité de remboursement. Mieux vaut reprendre une entreprise relativement petite pour pouvoir la développer. Le repreneur ne vient pas acheter un poste ou une charge de président ou de gérant. Il doit prendre conscience de la prise de risques, sinon pas de développement à attendre sur d’autres marchés en raison d’une attitude conservatrice. Etre entrepreneur, c’est aussi subir des échecs ponctuels, sur lesquels il faut rebondir », ajoute Jean-Pierre Robin, délégué Paris du CRA (Cédants & Repreneurs d’Affaires).


OSEO intervient quand le cédant et le repreneur sont d’accord sur le montage financier.

« Le repreneur est souvent sous pression, car l’information ne circule pas bien sur le marché de la reprise, et il éprouve des difficultés à évaluer l’entreprise cible. Il devra se ménager de la souplesse dans le montage financier, et notamment se prémunir contre les aléas : besoin en fonds de roulement insuffisant, pertes de clients, machine qui casse…. Il aura toujours plus de mauvaises surprises que prévues, qui ne sont pas du fait du cédant Ainsi, il est nécessaire de ne pas trop s’endetter, sinon on ne peut plus investir, ni bénéficier de marge de manœuvre pour répondre aux changements de conjoncture. La trésorerie laissée par le cédant ne doit pas être aspirée par le remboursement de l’emprunt. Il est aussi important de sécuriser des « lignes court terme » comme l’autorisation de découvert à la banque, ou de négocier un « crédit vendeur » plus long que les trois années généralement pratiquées. Quand on reprend une entreprise, il y a des clients à reconquérir, un métier à comprendre… Il ne faut pas, en plus, devoir veiller au jour le jour à sa trésorerie! », Anne Guérin, directrice régionale Ile de France Ouest à OSEO.

Anne GUERIN

Deux outils ont été spécifiquement créés par OSEO pour la reprise d’entreprise. D’une part, depuis 25 ans, la garantie OSEO, qui couvre 50 à 70%(avec la Région Ile de France) du risque sur le crédit bancaire,. D’autre part, un produit dédié, en partenariat avec la région Ile de France, le « contrat développement transmission » : un prêt de 6 à 7 ans sans garantie pour le dirigeant, d’un montant de 60 000 à 400 000 euros, avec un amortissement différé (seuls les intérêts sont payés durant la première et la deuxième année). Ce qui donne de l’oxygène au démarrage de l’entreprise.

Dans un emprunt, « l’objectif du banquier est le même que celui du porteur du projet : la réussite de l’entreprise. Le banquier ne gagne aujourd’hui sa vie que sur le long terme à travers des services : ingénierie sociale, prévoyance, monétique, etc. Il n’y a pas la volonté de faire « un coup » avec un crédit, car le taux d’échec reste important dans la création d’entreprise. D’où la nécessité de regarder ce qui peut mettre en péril l’activité : clients, management, emplacement, équipe salariée... De plus, la principale difficulté des entreprises est une problématique de trésorerie à court terme, en raison d’une mauvaise anticipation du cycle de vie de la vente d’un produit. Le cédant n’a jamais la garantie de faire aussi bien que la personne qui cède, mais il peut aussi faire beaucoup mieux !», rappelle Florent Lamoureux, directeur du marché des professionnels de la Caisse d’Epargne.

François Simoneschi