Dimanche 17 décembre 2017
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O. Torrès (Amarok) : « Le capital santé d’un dirigeant de PME est le premier capital immatériel de l’entreprise »


Chercheur à l’Université Montpellier 1 et à l’EM. LYON et fondateur de l’observatoire AMAROK de la santé des dirigeants de PME, Olivier Torrès lutte contre l’imagerie patronale répandue chez les entrepreneurs, qui les conduit à négliger leur santé. Il nous explique comment il est possible de prévenir le burn out à partir d’actes simples à mettre en place.

Pourquoi les dirigeants de PME ont un diagnostic tardif d’une dégradation de leur santé?

Les dirigeants de PME ont ce que j’appelle le syndrome du « je n’ai pas le temps d’être malade », qui se transforme parfois en « je n’ai pas le DROIT d’être malade ». Ce qui est une idéologie terrifiante en termes de santé au travail ! En fait, plus la taille d’une entreprise est petite, moins il y a de possibilités de remplacement du dirigeant de PME, et donc moins ce dernier estime qu’il a le temps d’être malade. Il ne se rend d’ailleurs chez le médecin que lorsqu’il n’en peut plus. D’où un diagnostic souvent sévère. La variable explicative de ce dysfonctionnement n’est pas l’argent, mais le temps disponible, qui se cumule à un autre facteur : l’idéologie patronale.
Ainsi, une personne à son compte se voit très souvent comme un leader, un battant, un gagnant dans le but de transmettre du dynamisme à ses salariés, ce qui ne laisse que peu d’espace pour exprimer une faiblesse.

Le burn out, est-il fréquent chez les dirigeants de PME et peut-on le prévenir ?

Au même titre que le suicide patronal, qui touche 1 à 2 entrepreneurs par jour selon mes estimations, le burn out patronal existe. S’il est encore plus tabou que chez les salariés, il se manifeste de façon identique : le matin, au réveil, la personne touchée ne peut plus se lever, et est incapable de se rendre au travail. Quelque chose s’est rompue en elle. Le burn out ou syndrome d’épuisement professionnel ne survient pas du jour au lendemain. Il suit une processus, qui commence par une surcharge de travail, laquelle affecte son sommeil et engendre de la fatigue, puis se transforme en phénomène de lassitude, amenant la personne touchée à se sentir « sans valeur » ou en situation d’échec. Un instrument de mesure a été mise au point par un chercheur américain : un outil de repérage du burn out en dix questions, que chacun peut s’auto-administrer.

Quelles sont les solutions ou préventions à mettre en place par un dirigeant de PME pour préserver sa santé ?

En premier lieu, être à l’écoute de soi. Le dirigeant de PME considère souvent que sa propre santé est secondaire par rapport à son activité professionnelle. Or, son capital santé est le premier capital immatériel de l’entreprise, et s’il n’est pas préservé, cela peut conduire jusqu’au dépôt de bilan de l’entreprise.

Un dirigeant de PME moderne et éclairé devra donc régulièrement s’accorder de vraies pauses dans ses journées de travail – par exemple, deux heures de marche – et des week-ends complets déconnectés du téléphone et de l’emailing. Il doit savoir lâcher prise !

Ensuite, attention au syndrome de la saturation cognitive ! Le découpage fonctionnel dans une PME est quasi-inexistant, ce qui implique que le dirigeant doit penser à mille choses à la fois et sature son esprit. Il faut que le patron trouve les moyens d’une délégation de pouvoir ou de tâches, sans tomber toutefois dans la surveillance de cette délégation, ce qui ajouterait du stress au stress ! Contrairement à une grande entreprise où le dirigeant salarié délègue la prise de décision – pour la trésorerie, un licenciement… - à un staff fonctionnel, un dirigeant de PME exerce un management frontal de ses affaires, où il est toujours en première ligne. C’est certes captivant et extraordinaire, mais cela risque, à la longue, d’engendrer de la fatigue et parfois un burn out.

Enfin, dernier élément de prévention : gérer la qualité de son sommeil, ce qui est la base d’une bonne santé physique et mentale. Nous avons mesuré qu’un dirigeant de PME dormait en moyenne 34 minutes de moins qu’un français, ce qui produit une « dette de sommeil » de 3 à 4 heures par semaine et près de 200 heures par an. Ceci a trois conséquences majeures : impact négatif sur la créativité – l’une des qualités essentielles d’un entrepreneur -, une hausse de l’irritabilité – ce qui n’est jamais bon pour les relations avec les salariés, les clients ou les fournisseurs – et enfin, un effet négatif sur l’anticipation – le dirigeant « marche au radar » au lieu de fonctionner de manière prospective.

Propos recueillis par François Simoneschi, rédacteur en chef de La Référence Franchise


Olivier TORRES