Lundi 10 décembre 2018
L’ENCYCLOPEDIE PRATIQUE DE LA FRANCHISE
foule de franchisés


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leçon
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Pourquoi un candidat entrepreneur doit calculer son apport personnel dès le début de son projet ?



Tout candidat entrepreneur ne doit pas commencer sa recherche d’enseignes avant d’avoir calculé précisément son apport personnel, dans des conditions très strictes. C’est la première étape d’un processus visant à lancer son point de vente dans des conditions optimales de réussite.

L’apport personnel est un critère déterminant de sélection des réseaux de franchise. Il est pourtant mal évalué par de nombreux candidats à la franchise.

Pour avoir codifié les moindres détails de son concept, tout franchiseur sérieux sait évaluer le budget de lancement d’un point de vente dans des conditions optimales. Il impose ainsi aux candidats à son enseigne un apport personnel minimum, suffisant pour obtenir le prêt bancaire couvrant qui complètera le financement de cet investissement initial global.

Or, « on constate régulièrement, lors de recrutement de candidats entrepreneurs, une différence sérieuse entre les capitaux annoncés comme disponibles et la réalité factuelle des capitaux disponibles. Nombre de candidats pensent disposer de l’apport personnel requis, mais ils ont eu tendance à trop simplifier leur calcul ou à enjoliver leur situation dans l’enthousiasme de leur projet naissant. Par exemple, en considérant trop rapidement comme acquis le prêt d’un proche ou leur part d’un bien immobilier qu'on envisage de vendre », soulève Laurent Poisson, consultant en franchise.

De plus, « la constitution de cet apport personnel doit être précisée dès l’envoi du dossier de candidature au réseau. Il sera vérifiée par le franchiseur », rappelle Gérard Galiana, directeur du développement franchise d’Adéquat.

Il est donc recommandé à tout candidat entrepreneur de calculer avec précision le montant de son apport personnel avant même de rechercher les enseignes pouvant correspondre à son projet.

L’apport personnel doit permettre d’obtenir un emprunt bancaire correspondant à l’investissement total pour ouvrir un point de vente franchisé, sans fragiliser le modèle économique du point de vente

Pour couvrir l’investissement global de sa création d’entreprise et l’installation de son point de vente, un candidat entrepreneur contracte généralement un emprunt auprès d’un établissement financier. Afin de favoriser l’acceptation de son dossier, il doit commencer par apporter, à travers ses fonds propres, 30 à 40% du montant total de l’investissement.

« L’expérience montre que ce niveau d‘apport personnel permet au point de vente de ne pas fragiliser son modèle économique en supportant la charge mensuelle de remboursement de l’emprunt contracté. Par ailleurs le coût de l’immobilier doit être appréhendé globalement ; le niveau de charge acceptable correspond à la somme du loyer et de la charge de remboursement liée au montant du droit au bail. Enfin, il est important de bien évaluer tous les besoins de financement dès le départ, notamment les besoins de trésorerie afin de ne pas avoir à revenir solliciter le banquier quelques semaines après le démarrage avec une nouvelle demande », avertit Nathalie Dubiez, responsable de la stratégie de conquête sur le marché des Entreprises chez HSBC France.

Un banquier peut difficilement donner un accord sur une demande de crédit si l’emplacement n’est pas encore choisi et l’étude de marché pas encore réalisée. Le business plan est en effet élaboré en fonction de ces deux éléments.

 « Les grands réseaux ont des conventions avec des banques, ce qui facilite le financement », souligne Gérard Galiana.

« Un porteur de projet en franchise ne doit pas s’arrêter à une seule banque. Il doit exprimer son envie de réussite, ne pas se décourager s’il a eu un refus de la part de quelques établissements, surtout s’il a construit un bon projet avec un bon franchiseur : cela fait partie de son parcours. Il y a tout de même une quinzaine de réseaux bancaires sur le marché !», insiste Fabienne Hervé, directrice-fondatrice de l’agence de communication FH Conseil.

L’apport personnel est constitué par le cash immédiatement disponible dont dispose le candidat entrepreneur à titre personnel, sans emprunt à rembourser

L’apport personnel est la somme d’argent immédiatement disponible pour le candidat entrepreneur.

« Il ne doit pas provenir d’un quelconque prêt familial, à la consommation, ou d’honneur. Cela se remarquerait de toute façon sur le compte d’exploitation prévisionnel ou sur un besoin personnel plus fort », insiste Julien Vitali, responsable du pôle franchise et commerce associé de la Caisse d’Epargne.

Tout argent prêté, même par un proche, se rembourse à un moment ou un autre de la vie entrepreneuriale.

« Aucune dette supplémentaire dont le remboursement viendrait déséquilibrer la trésorerie ne doit interférer avec le plan de financement et la montée en puissance  de l'activité du chiffre d’affaires, durant les 4 à 5 premières années de la nouvelle entreprise », argumente Laurent Poisson.

La vente de l’habitation principale pour compléter l’apport personnel pose débat.

D’un côté, il ne faut pas tout engager dans son projet entrepreneurial : travail salarié, conjoint, bien immobilier... De l’autre, créer, c’est un état d’esprit intégrant la prise de risques. La vente de l’habitation principale pour augmenter son apport personnel peut se justifier dans le cas d’un investissement global en centaines de milliers d’euros pour intégrer une enseigne ayant fait ses preuves. 

Certains établissements financiers, comme OSEO et SIAGI, se portent caution pour le compte du franchisé. Les fonds d’investissements privés ou associations « love money » sont rares en franchise.

Dans un dossier bancaire, toute banque juge le niveau de risques d’une affaire.

 « C’est pourquoi des établissements comme OSEO et SIAGI se portent caution à hauteur d'environ 50% de l’emprunt total pour le compte d’un entrepreneur franchisé. Il existe également des fonds d’investissements qui financent l’immobilier d’un point de vente et qui sont essentiellement présents dans les secteurs de l’hôtellerie et de la restauration classique du fait d'un niveau d’apport personnel conséquent. Les associations « love money » sont plutôt rares en franchise. On trouve dans certaines régions des associations d'entreprises très actives, Michelin dans l'Est par exemple », estime Laurent Delafontaine, cofondateur du cabinet de conseil Axe Réseaux.

François SIMONESCHI
Rédacteur en chef La Référence Franchise
Auteur du « Guide complet de la franchise 2012 » (éditions L’Express)

Laurent Delafontaine
CONSEIL D'EXPERT
Laurent Delafontaine,cofondateur du cabinet de conseil Axe Réseaux

« Une certaine confusion sur le cash immédiatement disponible, en dessous de 30 000 euros d’apport personnel »

« On constate une certaine confusion sur les économies directement disponibles en dessous de 30 000 euros d’apport personnel pour un projet de franchisé. Le montant déclaré par les candidats à la franchise sur les sites Internet de recrutement n’est pas souvent le reflet de leur réalité. Tout est pris en compte : les aides de Pole Emploi via le dispositif ACCRE, l’appartement codétenu avec un autre membre de la famille, le prêt d’un ami au montant ou à la décision aléatoire… Au delà de 50 000 € d’apport personnel, les candidats à la franchise font mieux la part des choses entre « argent disponible » et « argent hypothétique ». Ils minimisent en revanche souvent le montant déclaré sur la fiche de contact pour préserver leurs intérêts personnels, n’incluant pas leur PEA ou un bien immobilier.» 

S'IL NE FALLAIT
RETENIR
QUE 3 CHOSES
leçon n°11
  • Pour tout candidat entrepreneur, connaître son apport personnel est primordial avant de commencer la sélection de ses enseignes, lesquelles demandent son montant dès le premier entretien.
  • L’apport personnel est la somme d’argent immédiatement disponible pour le candidat entrepreneur, hors tout emprunt à des tiers (famille, proches, etc.), prêt à la consommation ou aides financières publiques ou privées.
  • La vente de l’habitation principale pour augmenter l’apport personnel ne doit être réalisé que dans le cas particulier d’une enseigne ayant fait ses preuves et à très fort niveau d’investissement.