Lundi 10 décembre 2018
L’ENCYCLOPEDIE PRATIQUE DE LA FRANCHISE
foule de franchisés


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leçon
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Pourquoi faut-il créer son entreprise sans que son conjoint ne soit opposé à ce projet ?



Toute création d’entreprise a un impact puissant sur la vie privée d’un couple, même si le conjoint de l’entrepreneur n’est pas impliqué dans l’affaire. Il faut donc appréhender ce bouleversement à deux et résoudre en amont certaines problématiques.

Toute création d’entreprise implique des sacrifices familiaux pour l’entrepreneur.

65 heures de travail par semaine, pas de rémunération durant les premiers mois (voire bien davantage), vacances limitées durant les premières années, peu de temps à consacrer aux enfants… Se lancer dans une création d’entreprise implique des sacrifices familiaux, qui se traduisent par une baisse sensible du train de vie, une moindre présence physique ainsi qu’une disponibilité intellectuelle réduite de l’entrepreneur.

« Le patron de PME déconnecte rarement de son activité, même pendant les quelques moments de pause qu’il s’accorde durant le week-end », confirme Nathalie Dubiez, responsable de la stratégie de conquête sur le marché des Entreprises chez HSBC France.

Dans les moments difficiles d’une création d’entreprise, le conjoint jouera un rôle majeur, en encourageant l’entrepreneur s’il a accepté son projet… ou en l’enfonçant si ce n’est pas le cas.

 « Le candidat à la franchise doit être en harmonie avec sa famille sur le choix du projet, sauf à abandonner le projet ou la famille », insiste Hubert Bensoussan, fondateur du cabinet d’avocats Bensoussan.

« Attention, la famille peut adhérer au projet dans son ensemble, mais pas dans le détail. Par exemple, si la création du point de vente impose un déménagement et un changement de région», précise Nathalie Fontaine, directrice de la franchise Akena Hôtels.

Le franchiseur vérifie que le conjoint du candidat à la franchise n’est pas opposé au projet entrepreneurial dès le 1er ou le 2e entretien.

Le partage du projet entrepreneurial par le conjoint du candidat à la franchise, ou à défaut sa neutralité, est déterminant dans la réussite de l’affaire.

 « Dans le parcours de sélection mutuelle, le franchiseur rencontre le conjoint du candidat à la franchise dès le 1er ou le 2e entretien pour vérifier que ce dernier, sans forcément être impliqué dans l’affaire, partage le projet entrepreneurial, ou à défaut, qu’il ne soit pas un frein en connaissance de cause. La situation de moindre confort ne doit pas durer des années. Le couple doit avoir prise de conscience de l’impact sur la vie privée d’une création d’entreprise. Il lui faut résoudre en amont certaines problématiques de la vie quotidienne liées au statut d’entrepreneur, comme parfois des choses aussi simples que savoir qui ira désormais emmener ou chercher les enfants à l’école ! Le rôle du franchiseur à ce stade et grâce à son expérience est de mettre le candidat en situation de « prévoir » sa future vie pour qu’il s’engage vraiment, comme le dit la Loi Doubin, en connaissance  de cause », souligne Jean-Michel Illien, président-fondateur de Franchise Management.

Après étude de la situation, il est parfois préférable de rester salarié pour le candidat entrepreneur s’il ne se sent pas les épaules assez larges pour porter son projet d’entreprise.

« L’ancien salarié, pas reconnu, brimé et sous stress, se retrouve en situation de risques pour créer une entreprise. Il passe de la feuille de paie reçue à la feuille de paie créée. Le créateur d’entreprise isolé sait à peu près ce qui l’attend, mais il a conscience de foncer dans le brouillard, alors que le créateur en franchise peut observer les autres franchisés du réseau et utiliser les informations du franchiseur. Les Français en majorité, rêvent de créer leur entreprise un jour, mais seulement 1 sur 100 passe à l’acte. Aussi quand celui-là le fait, il dérange les personnes de son entourage qui elles n’ont pas osé créer. Dès lors, ces personnes souvent même très proches vont chercher à le dissuader de son audace pour en fait se rassurer elles-mêmes de ne pas oser créer. Le franchiseur doit donc préparer le franchisé à cette situation », rappelle Jean-Michel Illien.

Le candidat à la franchise doit exprimer à son conjoint et à sa famille le sens de son aventure entrepreneuriale. 

Une création d’entreprise est un projet à la fois économique et familial.

« Le candidat à la franchise doit exprimer à son conjoint et à ses enfants ce qu’il recherche à travers son aventure entrepreneuriale pour son entourage, ce qu’il veut leur envoyer comme message et prouver. Par exemple, qu’il désire à terme que sa famille vive plus confortablement. Et la signification donnée à cette aventure entrepreneuriale ne sera pas indiquée de la même façon, tout en restant cohérente dans le fond, selon que l’on s’adresse à sa femme, à un cousin, à un ami…», insiste Philippe Coste, coach d’entrepreneurs.

L’objectif d’une aventure entrepreneuriale revêt différentes formes.

« Le projet de l’entrepreneur peut avoir comme objectif de transmettre un patrimoine à ses enfants, d’obtenir un statut dans une ville à travers une enseigne de supermarché ou d’hôtellerie, de capitaliser pour réaliser un tour du monde… Au-delà de ce qui convaincra ou non le conjoint de ne pas s’opposer à cette aventure, c’est cet objectif qui motivera ou non la décision de se lancer dans la création d’entreprise », note Nathalie Fontaine.

François SIMONESCHI
Rédacteur en chef La Référence Franchise
Auteur du « Guide complet de la franchise 2012 » (éditions L’Express)

Philippe Coste
CONSEIL D'EXPERT
Philippe Coste,coach d’entrepreneurs

« Consulter son entourage, et non pas lui demander son autorisation »

« La décision finale de se lancer ou non dans l’entrepreneuriat se prend seul, comme toute décision d’importance dans la vie d’un individu. Cela ne doit pas empêcher le candidat à la franchise de consulter son entourage, car c’est toujours bon pour la confiance en un projet, pour soi comme pour son conjoint. Je dis bien « consulter », et non pas « demander l’autorisation ». Une fois l’entreprise créée, il faut impliquer son entourage sans le saturer. C’est-à-dire en maintenant un lien social par des informations sur l’évolution de sa boite ou en sollicitant un avis sur une initiative, mais sans ne faire que parler de cela. Le candidat à la franchise doit savoir que la solitude dans l’entrepreneuriat est inévitable, mais que ce n’est pas pour autant qu’il sera solitaire, si son entourage fait preuve de neutralité dans son projet à défaut de soutien. Enfin, l’entrepreneur vit l’aventure et ses proches en auront toujours une vision réduite puisqu’ils ne font que l’observer dans cette situation. Il ne devra donc pas leur demander d’adhérer à chacune de ses décisions. » 

S'IL NE FALLAIT
RETENIR
QUE 3 CHOSES
leçon n°19
  • Toute création d’entreprise implique une baisse sensible du train de vie de la famille, une moindre présence physique ainsi qu’une disponibilité intellectuelle réduite de l’entrepreneur.
  • Cette situation de moindre confort ne doit pas durer des années. Mais le candidat à la franchise doit indiquer la signification donnée à cette aventure entrepreneuriale à son entourage, laquelle ne sera pas la même selon qu’il s’adresse à sa femme, à un cousin ou à un ami.
  • Dans le parcours de sélection mutuelle, le franchiseur rencontre le conjoint du candidat à la franchise dès le 1er ou le 2e entretien pour vérifier que ce dernier, sans forcément être impliqué dans l’affaire, partage le projet entrepreneurial, ou à défaut, qu’il ne soit pas un frein en connaissance de cause.